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Le tombeau de cœur de Philippe IV le Bel
Tombeau de cœur de Philippe IV le Bel, en la priorale Saint-Louis de Poissy (disparu) La décision - Insistance de Philippe le Bel à avoir une sépulture de coeur séparéeA la fin de l’année 1297, Philippe IV ordonna la construction d’un vaste monastère à la mémoire de son grand-père Saint Louis, à Poissy, lieu de naissance de Louis IX. La rapidité de la mise en route du projet laisse penser qu’il était en germe bien avant la canonisation. Cet édifice s’inscrit dans une politique d’exaltation de la dynastie capétienne et doit être rapprochée des travaux qui à la même époque avaient été ordonnés à Saint-Denis. Des statues de Louis IX et de Marguerite de Provence, ainsi que de certains de leurs enfants, avaient été commandées et installées dans la nouvelle priorale, à proximité du tombeau de Robert, fils cadet du roi, qui y reposait depuis 1307. Tombes et statues allaient côtoyer, à partir de 1306, les reliques de Saint Louis, la mâchoire supérieure et le nez, que Philippe fit venir de la Sainte-Chapelle.
Si Philippe le Bel était bien décidé à ce soumettre à la tradition de l’inhumation royale à Saint-Denis (testament de 1288 rédigé en l’abbaye de Maubuisson), il souhaitait toutefois que son cœur repose à Poissy pour donner un élan royal à sa fondation.
Mais il lui fallait pour cela contourner la décrétale pontificale Detestante feritatis de Boniface VIII (1299) qui condamnait les démembrements de cadavre. Pour cela, une exemption suffisait. La difficulté était que la mort d’un pape et l’élection de son successeur rendaient obligatoire une nouvelle exemption. Il fallait donc renouveler à chaque fois la procédure (son fils Louis X, fut enterré « en entier » à Saint-Denis, n’ayant pas eu le temps d’obtenir la dispense !) ; il est vrai que la venue des papes à Avignon facilita les concessions pontificales.
En avril 1304, Philippe le Bel obtint du pape Benoît XII l’autorisation de faire diviser son corps et d’ordonner le transfert de ses ossements s’il mourrait loin de la nécropole dionysienne. Puis, par la bulle du 4 janvier 1306, Clément V autorisa le roi à disposer librement de son cœur.
En mai 1311, lors d’un séjour à l’abbaye de Maubuisson, le roi décida, par un nouveau testament, de modifier le lieu de sépulture de son cœur : il choisit Saint-Louis de Poissy – et non plus, comme il l’avait envisagé dans son testament de 1297, les dominicains de la rue Saint-Jacques à Paris. Les frères Prêcheurs firent contre mauvaise fortune bon coeur (!) car c'était bien des moniales dominicaines (donc d'un ordre prêcheur, le même) qui récupéraient le coeur royal à Poissy.
Le dernier testament de Philippe (1314) confirme ce choix.
Priorale et monastère des dominicaines - Saint-Louis de Poissy
C’est donc quelques jours après sa mort à Fontainebleau en décembre 1314 que le cœur de Philippe le Bel fut enterré en la collégiale Saint-Louis de Poissy. Pour la seconde fois en quelques années, la nécropole royale de Saint-Denis voyait arriver un corps de roi non « entier » (le premier officiel fut Philippe III ; mais le tout premier, incertain, fut peut-être Saint louis si l’on admet que son cœur fut bien inhumé dans la Sainte Chapelle de Paris et non avec le corps à Saint-Denis). C’est pourquoi les Grandes Chroniques de France, rédigées par des moines dionysiens, n’insistent pas trop sur l’événement !
Le tombeau de coeur en l'église de l'abbaye Saint-Louis de Poissy : un mausolée originalLe cœur royal fut donc enterré en l’église du monastère de Poissy, sous le chœur des religieuses, dans un caveau spécialement aménagé. Il fut redécouvert lors de travaux engagés dans l’église en 1687. Il se trouvait dans une urne d’étain posée sur des barres de fer, dans laquelle deux petits bassins d’argent cimentés étaient enveloppés dans une étoffe or et rouge semée de fleurs de lys.
Sur l’urne, on pouvait lire :
« Cy dedans est le cuer du roy Philippe qui fonda cette église et trépassa à fontainebleau »En réalité, Philippe le Bel s’était contenté de choisir sa tombe de cœur. Mais il ne s’est jamais préoccupé de son vivant de ses mausolées funéraires. C’est son dernier fils, Charles IV, qui s’est chargé d’en passer les commandes.
De fait, c’est bien Charles IV, fit dresser un tombeau remarquable à Poissy, au dessus du caveau du cœur de son père, surmonté d’un gisant de marbre blanc du roi en majesté sur une lame de marbre noir.
Ce tombeau de cœur à Poissy était d’une taille plus petite que celui de corps à Saint-Denis, mais présentait une grande élégance soulignée par l’alternance des marbres blancs et noirs.
Aujourd’hui disparu, ce tombeau est connu par un dessin de la collection Clairambault.
Il était composé d’un massif finement sculpté de marbre blanc, avec des scènes bibliques sous les arcadures, reposant sur un socle de marbre noir. Le massif blanc soutenait la dalle noire sur laquelle reposait le gisant de marbre blanc. Aux quatre coins de la dalle se trouvaient les armoiries de France et de Navarre.
Le gisant reprenait, comme à saint-Denis, la symbolique du souverain en majesté et ne présentait pas spécifiquement de cœur royal sur la poitrine comme cela se fera plus tard pour d’autres monarques.
Et pourtant, il présentait bien deux étranges mais significatives différences avec le gisant de Saint-Denis:
1) Alors que le gisant de Saint-Denis apparait très traditionnel en tenant d’une main le coulant de son manteau, celui de Poissy est représenté (et c’est une première pour un roi !) comme l’oint du Seigneur, vêtu d’une tunique et d’un manteau agrafé sur l’épaule, comme au sacre.
2) Mais surtout, si le roi couronné de Poissy tenait dans sa main droite le sceptre (comme le gisant de corps dionysien) il tenait aussi dans sa main gauche la main de justice, alors que dans la nécropole royale la main de justice était absente !
Le tombeau de Philippe le Bel à Saint-Denis au XVII°s.
Attention, le sceptre, tenu dans la main droite, avait été cassé ;
on voit la main droite en position de tenir un objet long:
Il a été rétabli au début du XIX°s . -
En revanche, il n’y a jamais eu de main de justice sur le tombeau dionysien ;
la main gauche ne tient que le coulant du manteauLe tombeau de cœur à Poissy, avec sceptre et main de justice … La main de justice accompagnait bien pour la première fois la dépouille d’un roi DANS sa tombe à Saint-Denis, mais elle n’avait pas été représentée sur le tombeau, alors que l’on pouvait l’observer SUR le tombeau DE CŒUR.
Or, la main de justice, dont la remise au souverain ne datait que du sacre de Louis IX, était assimilée à la « verge où est signifiée la fidélité équité de justice sans acception de personne ». L’équité, forme la plus élevée de justice, était avec la charité, la valeur essentielle du cœur du roi.
Il semble que cette disposition ne faisait que suivre une innovation apparue lors de l’exposition du corps durant les funérailles de Philippe le Bel le 3 décembre 1314.
Durant la Révolution, ce tombeau atypique fut détruit et la tombe de cœur profané. Il n’en reste rien aujourd’hui, pas plus que de l’église, d’ailleurs.
Sur le tombeau de corps de Philippe le Bel en la basilique de Saint-Denis, voir sur ce forum le sujet voisin sur ce lien (Les tombeaux des Rois maudits) :
https://saintdenis-tombeaux.1fr1.net/t118-les-tombeaux-des-rois-maudits-philippe-iv-le-bel-et-ses-filsProfitons-en pour rappeler aussi l’Histoire du prieuré-monastère de PoissyLa fondation de ce monastère a été décidé par le roi Philippe le Bel, petit-fils de saint Louis, en l'honneur de son grand-père, peu de temps après la canonisation de ce dernier intervenue le 11 août 1297. Il choisit de le construire dans la ville de naissance et de baptême de saint-Louis, Poissy et sur les lieux mêmes de la naissance du roi, ce qui conduisit à raser le château-neuf situé près de la collégiale Notre-Dame. Le monastère entre en fonction en 1304 et devient très tôt un des plus riche de France. Son église sous le vocable de Saint-Louis, possédait un trésor inestimable, composé d'objets liturgiques et profanes.
Elévation extérieure de Saint-Louis de Poissy
Agence de Jules-Hardouin Mansart
Paris, BNF Elle fut inaugurée en présence de 22 évêques et de 2 archevêques.
Philippe le Bel fit venir une centaine de jeunes novices, de Rouen, Montargis et d'autres endroits, toutes issues de la haute noblesse, pour les installer dans son couvent... Parmi elles, se trouvait Marie de Bourbon-Clermont, (cousine du roi de France, petite fille de Saint Louis) qui, par la suite, devait devenir la prieure du monastère.
Trop jeune pour l'administration du couvent, on lui adjoignit la mère Matthée de la Roche. C'est elle qui, la première, portera le titre de prieure du monastère Saint Louis de Poissy. A son décès, en 1334, Marie de Bourbon lui succèdera.
Les princesses du sang ne se mêlaient pas au reste des religieuses. Le domaine s'étend sur plus de 48 hectares dont 14 hectares de constructions. Il y a très grand parc et pelouses avec des animaux en liberté et deux viviers.
L'église Saint LouisLa dédicace de l'édifice n'est célébrée qu'en 1331. Rares étaient les monastères du XIV°s pouvant jouir d’un tel édifice. Les voûtes de l’église prieurale s'élevaient à 30 mètres, le clocher dépassant celui de la Collégiale Notre-Dame. L'église faisait 95 mètres de long sur 45 mètres de large et n'était pas orientée selon la tradition. C'était une construction en forme de croix latine à trois vaisseaux et à voûtes d'ogives, avec une flèche polygonale ; ses toits étaient à longs pans, pignons et noue. Elle était bâtie sur l'emplacement des appartements royaux de l'ancien château et la tradition dit que l'autel était situé à l'emplacement de la chambre où la reine Blanche de Castille mit au monde Saint-Louis.
La vaste nef faisait 55 mètres de long sur 15 mètres de large, flanquée de 2 bas-côtés percés de grandes croisées en ogive avec trèfles et meneaux. Elle aboutissait à un transept éclairé par de vastes roses au-dessus des portes d'entrée, l'une au bas de la nef, une autre au droit du transept du côté de la ville, avec en plus deux petites portes latérales servant d'accès du côté du grand cloître, l'une donnant dans le grand réfectoire et l'autre desservant un petit corridor menant au dortoir. Cette dernière porte menait aussi au péristyle du grand cloître par un certain nombre de degrés longeant le mur de l'église.
Au milieu du transept quatre gros piliers, formés d'un faisceau d'élégantes colonnettes, supportaient une flèche polygonale avec toits à longs pans, pignons et noue, ornée de fleurons et pinacles en bois mouluré recouvert de plomb repoussé; le tout était surmonté d'une croix en fer ouvragé.
Dans le transept se trouvaient des statues de Saint-Louis et de son épouse Marguerite de Provence et de leurs six enfants, ainsi qu’un très bel ensemble d'anges porteurs des " arma Christi " mais dont la disposition d’origine est inconnue. Il y en avait une dizaine à l'origine. Quatre de ces anges sont exposés aujourd'hui au Musée du Louvre, et trois au Musée de Cluny à Paris ; ils comportent des traces de polychromie.
Les anges de Poissy au Louvre - hauteur : 97 cm.
Département des Sculptures, Louvre Il ne reste des statues de la famille royale que deux pièces: Isabelle de France replacée dans la collégiale Notre-Dame de Poissy et Pierre I° d'Alençon, aujourd’hui au Musée de Cluny.
A la suite du transept se trouvait le chœur avec l'autel surmonté d'un retable décoré de plus de 100 bas-reliefs sculptés qui fut offert par Jean duc de Berry, frère de Charles V. Ce retable, aujourd'hui conservé au Louvre, s'ordonne en un triptyque, illustré de la vie du Christ, de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Jean l'Évangéliste, surmonté de gâbles et de clochetons. La base est composée de douze niches avec les figures des apôtres en os. Aux extrémités de la base les donateurs avec sa seconde épouse Jeanne de Boulogne. L'ensemble de la structure en bois est constituée d'incrustations de bois, d'essences et de couleurs diverses, avec de la corne et de l'ivoire. Il provient des ateliers de Baldassare degli Embriachi à Venise.
Dans le chœur existaient deux belles figures, l'une de Saint Dominique et l'autre de Saint-Louis en marbre blanc ainsi qu'un tabernacle recouvert de lames d'argent pesant 400 marcs soit 98 kg et qui servait les jours de fêtes. Le sanctuaire entouré d'un bas côté circulaire qui était lui-même inscrit au milieu de neuf chapelles dédiées à divers saints avec des murs peints à fresques, les vitraux étaient remarquables. Une des verrières du chœur représentait Saint-Louis le jour de son sacre. Au dessus du jubé se trouvait une peinture de Saint-Louis en habit royal, (serait actuellement dans la sacristie de Notre-Dame de Poissy). Un grand nombre de statues et de mausolées ornaient les chapelles et les bas côtés. Il ne reste du tombeau de la prieure Marie de Bourbon qu'une statue en marbre blanc et noir dont le soubassement fut détruit à la Révolution.
Le mur d'enceinte, long de 12 kilomètres, ne sera achevé que vers 1465, sous le règne de Louis XI, remplaçant la clôture composée de haies.
Les sépultures : elles étaient très nombreuses. Contentons-nous de mentionner les plus célèbres.
- On l’a vu, le cœur de Philippe IV le Bel : cœur déposé dans une urne retrouvée en 1687 lors de travaux dans un des caveaux, dont le tombeau était gravé à l'effigie du roi défunt.
- Robert de France, (1296-1308) décédé à l'âge de 12 ans, premier fils de Philippe le Bel
- Jean de France, (1333-id), cinquième enfant de Philippe VI et Jeanne de Bourgogne
- Marie de Bourbon-Clermont (1295-1372), prieure de Saint-Louis, âgée de 87 ans, inhumée dans la nef intérieure à droite de l'entrée du chœur.
- Marie de Valois, née en 1393, fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière prit l'habit à Poissy le jour de la Nativité de la Vierge en 1397 et mourut de la peste à Paris le 19 août 1438. elle fut enterrée dans l'église de Poissy près de la grille
- Marie de Bourbon ( + 1401) : exceptionnel orant vertical, déposé à Saint-Denis en 1817 et pris par le Louvre en 1957. Sujet traité sur ce forum :
https://saintdenis-tombeaux.1fr1.net/t130-le-priant-de-marie-de-bourbonLe trésor de l’abbaye :Le trésor du monastère de Poissy était à l'époque considérable. La royauté, la noblesse, la haute-noblesse, le clergé, la plèbe, toutes les couches de la société faisaient dons à l'abbaye, en l'honneur du Saint-Roi qui était devenu, après sa mort devant Tunis et sa canonisation en 1297, une véritable icône aux yeux de la population.
- Dans l'église St Louis, était entreposé deux très beaux soleil d'or (pesant l'un 6 marcs, l'autre 21 marcs), enrichis de petits reliquaires garnis de diamants précieux, de rubis, de perles et d'émeraudes.
(1 marc = 245 gr)
- Un tabernacle d'argent (pesant 400 marcs), d'un ouvrage parfait.
- Une croix d'or enrichie de perles et de saphirs dans laquelle était enchâssé un morceau considérable de la croix du Christ. Son pied était en vermeil (ce don provenait du roi Philippe le bel).
- Le buste reliquaire d'argent doré de Saint-Louis (pesant 300 marcs), dans lequel, était enfermé la partie supérieur du crâne du saint roi. Sur le pied de ce buste, on pouvait lire cette inscription en latin :
"Hic est pars supérior faciei beati Ludovic quondam Régis Francorum quam Philipus VI Rex, dedit huic Ecclesioe."-
Afin d'enrichir ce buste, on y fit rajouter un fermoir en or, garni de perles et de pierres précieuses.
- Une croix de cristal où étaient représentées Notre Dame de la Pitié et une Véronique.
- Une image de Notre-Dame en argent plaqué d'or fin, coiffée d'une couronne sertie de pierres précieuses et de perles. (don provenant du Duc de Bourgogne en 1387).
- Un magnifique retable en os ou ivoire sculpté, qui surmontait, alors, l'autel du choeur de l'Eglise St Louis. C’était un don du Duc de Berry, frère de Charles V
- Une apothéose d'Auguste sur "sardoine" ( pierres précieuses - variété d'agathe). C’était un don de Philippe le Bel.
Elle fut dérobée au cours des guerres de religions et revendue à Rodolphe II.
- Un bréviaire en deux volumes ( Bréviaire de Belleville). Richement enluminé avec fermoir d'or aux armes de France. (Enluminé par Jean Pucelle entre 1323 et 1326) – auj. à la BNF -
Evénements importants dans l'histoire de Saint-Louis de Poissy:En août 1346, le roi d'Angleterre Edouard III, (petit-fils d'Edouard le Sec) après avoir pillé la Normandie, arrive à Poissy en conquérant et s'installe dans le prieuré avec une partie de sa troupe. Aucun saccage n'est perpétré dans l'enclos du monastère.
En revanche, son rejeton, le Prince de Galles (dit le Prince Noir) alors âgé de 16 ans, pubertaire et mal élevé, ne disposait pas, alors, du savoir-vivre qui sied aux jeunes gens de famille royale... Il manqua totalement de respect pour ce lieu cher à son arrière grand-père Philippe le Bel : il incendia sauvagement le château de Robert le Pieux, puis, alla tranquillement ravager Poissy et ses faubourgs (ainsi que le petit château des "Loges" construit par son oncle Charles le Bel en 1323).
Le colloque catholiques / protestants de 1561 :
Rappelons qu’en 1561, le roi Charles IX, alors âgé de 11 ans, vint au prieuré à l'occasion du Colloque de Poissy destiné à rapprocher les positions théologiques des catholiques et des protestants.
Il était escorté de sa mère, Catherine de Médicis, de Jeanne d'Albret (mère d'Henri IV), Gaspard de Coligny ; l'Amiral, du chancelier Michel de l'Hospital et du protestant Théodore de Bèze, ainsi que bien d'autres dignitaires des factions catholiques et protestantes.
Le colloque de Poissy, gravure de Hogenberg, fin du XVIe siècleLe Colloque de Poissy, de Joseph-Nicolas Robert-Fleury (1840)
Musée de Poissy La conférence eut lieu dans le réfectoire (cf : AD sur le plan ci-dessous) du prieuré du 9 au 26 septembre. Le colloque n’en fut pas moins un échec, malgré tous les efforts menées par Catherine de Médicis pour arriver à une entente.
Douze ministres accompagnent Théodore de Bèze qui, après le discours du chancelier de l'Hôspital, expose de façon radicale la doctrine des réformés; éclate alors le courroux des catholiques contre les blasphèmes des «chiens de Genevois».
Le 16 septembre, le cardinal de Lorraine réplique en argumentant sur l'autorité de l'Église, le sacrement de l'eucharistie et le dogme de la présence réelle; les positions apparaissent irréconciliables; le colloque est rompu. La dernière occasion d'une réconciliation est passée...
Pourquoi cet échec ? Différentes raisons peuvent être alléguées en une rapide analyse:
-le manque de préparation préalable de la réunion;
-le mode de travail adopté: deux discours offensifs sans travail de commission portant sur les points de rapprochement;
-l'absence des luthériens allemands au colloque : leur doctrine sur la présence réelle dans l'eucharistie pouvait constituer un compromis;
-le blocage sur le point essentiel réduit à sa seule expression théologique;
-l'action des jésuites, nouvel ordre religieux, reconnu à cette occasion, et d'attitude intransigeante;
-le manque d'autorité des politiques : le jeune roi est incapable d'imposer la solution qui doit satisfaire les fidèles. Le 17 janvier 1562, l'édit de Janvier signé à Saint-Germain définit la politique de tolérance du pouvoir; mais pour combien de temps ... ? Le royaume allait plonger dans les guerre de religion.
En AD, le réfectoire où eut lieu le colloque de 1561 Le 11 juillet 1695, l'édifice est frappé par la foudre provoquant l'effondrement des voûtes et des combles. Louis XIV charge Jules Hardouin-Mansart de reconstruire l'édifice que celui-ci refait en gothique. Il remplace la rose du mur nord du transept par trois lancettes de ce style. En 1708, les travaux sont repris par Robert de Cotte et l'Assurance et achevés en 1726.
La fin et la destruction:La Révolution arriva. Les religieuses furent dispersées, puis en 1791, par un décret de la Convention, le monastère et tous les bâtiments s'y rattachant furent mis en adjudication. Pendant cette période trouble, le beau cloître et l'église Saint Louis furent dévastés. Toutes les richesses, les oeuvres d'art, les livres rares, furent dérobés ou détruits.
Le 12 octobre 1792, les dernières religieuses, la mort dans l'âme, quittèrent définitivement l'Abbaye Royale de Poissy.
On mettra six années pour détruire entièrement l'église Saint Louis. Le 19 décembre 1793 est mis en adjudication la démolition des flèches, ainsi que des marques de la royauté. L'édifice est alors recouvert de façon provisoire. En 1794 les lieux devienne hôpital militaire pour 6 mois. Le 12 septembre 1797, les bâtiments conventuels et l'église sont vendus à Jean-Baptiste Thonnesse, qui vend les matériaux aux entrepreneurs de la région
En 1808, il n'en restera plus rien. Le monastère est, lui aussi, démembré pierre par pierre jusqu'en 1827.
Ces matériaux recyclés serviront à la construction de maisons neuves à Poissy et Saint Germain en Laye.
Il ne subsiste plus aujourd’hui de cette grande abbaye que la « porterie » qui abrite aujourd'hui le musée du jouet de Poissy.
Entrée de l'enceinte de l'ancienne abbaye ("Porterie"), auj. Musée du jouet Les touristes peuvent toutefois se consoler en admirant la collégiale de Poissy qui abrite le baptistère de Saint Louis.
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